Salaire minimum de Rs 9 000: «Konpanié zamé pou donn nou sa kantité kass-la…»

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Savitree Chinien a 60 ans. Pour elle, cette décision concerne les autres, mais pas elle. «Konpanié zamé pou donn nou sa kantité kass-la», lâche-t-elle. Elle soutient avoir entendu la nouvelle à la radio mais avoue ne pas avoir tout compris. «Kot bizin alé pou gagn sa ?» demande-t-elle. Les technicités du salaire minimum la dépassent.

Cela fait 17 ans qu’elle travaille à la gare de Quatre-Bornes. Comme tous les cleaners, son salaire est loin d’être suffisant et elle se voit obligée de travailler à l’hôpital pour pouvoir joindre les deux bouts. «Mo lagar dépi 6 er gramatin ziska 6 er aswar. Kan fini mo al lopital. Apré mo révinn isi», explique Savitree Chinien. 

Par moments, elle essaie de se reposer entre deux coups de balai et de mop. Avec sa santé déclinante, il lui est de plus en plus difficile de tenir le rythme, mais elle dit qu’elle n’a pas trop le choix. Les prix grimpent, tout comme le loyer, mais son salaire reste inchangé. «Mem pou chek tansion aster bizin pey Rs 10», déplore la sexagénaire.

Vivre dans de meilleures conditions

Savitree Chinien a, certes, ses enfants, qui refusent d’ailleurs qu’elle travaille, mais elle ne veut pas être un fardeau. «Apré zot éna zot lavi. Zot pa pou kapav donn mwa larzan toulétan.» C’est pour cette raison qu’elle a décidé de travailler tant qu’elle le pourra. Malgré le maigre salaire de Rs 3 000.

Concernant le salaire minimum, elle n’est même pas sûre d’être éligible. «Pour le nettoyage de la gare, on change de compagnie régulièrement, soit tous les 11 mois ou même avant. On n’a même pas le boni. Je ne crois pas que la compagnie voudra augmenter le salaire», insiste la sexagénaire. «Sak fwa zot rod enn zistwar pou rakonté.»

Cependant, si elle obtient cette augmentation, Savitree Chinien confie qu’elle pourra vivre dans de meilleures conditions. D’abord, elle n’aura plus à travailler nuit et jour, et pourra enfin se reposer et prendre soin de sa santé. Ses enfants seront aussi plus tranquilles. Quant à son quotidien, un peu de sous en plus ne lui fera pas de mal, histoire de mettre un peu de beurre dans ses épinards de temps en temps…


 

Le «kado nwel» des grévistes 

Le salaire minimum, «sé enn zoli kado nwel», lance Paviola Beaunom. Comme les 379 autres femmes cleaners, elle termine l’année sur une note positive. Leur salaire grimpera de 500 % en janvier prochain. 

«Mo éna telman lazwa dan mo léker, sirtou apré sa konba nou finn amené-la», confie cette habitante de Souillac. D’une voix tout excitée, elle explique qu’elle n’aura plus à solliciter l’aide de ses proches pour acheter le matériel scolaire de ses enfants. «Mo bolom ek mwa nou lapey pou sifizan aster. Mo dir tou bann dimounn kinn lager ansam ek nou enn gran mersi.» 

Paviola Beaunom est d’autant plus heureuse puisqu’elle a reçu son contrat de son nouvel employeur, Landscope Mauritius, jeudi dernier. «Lindi nou pé signé.» C’est le début d’une nouvelle vie…
 

Réunion CTSP-cleaners 

Une réunion a eu lieu entre les femmes cleaners et les membres de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), hier. La syndicaliste Jane Ragoo affirme que le but était de passer en revue les contrats qu’elles ont reçus, jeudi dernier. 

«Nous leur avons expliqué, point par point, toutes les implications. La décision finale de signer ou non le contrat, leur revient», a-t-elle laissé entendre. 

Par ailleurs, Jane Ragoo se réjouit du montant du salaire minimum, qui va au-delà de leurs attentes. «Les contrats de Landscope Mauritius font mention d’un salaire de Rs 8 285, mais avec la décision du gouvernement, il passera à Rs 9 000. C’est le fruit d’un combat de quatre ans, en passant par une grève de la faim.»

Article / Credit : L'express.mu