MANIFESTATION DE LA CTSP—Le torchon brûle entre le ministère et la fédération syndicale

Rien ne va plus entre la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) et le ministre du Travail, des Relations industrielles, de l’Emploi et de la Formation. Cela au point où les animateurs de cette fédération syndicale de Rose-Hill ont manifesté jeudi devant le bureau de ce ministère à la Victoria House, à Port-Louis, pour alerter l’opinion publique.
« Nous avons constaté avec beaucoup de regrets que le comportement de certains hauts fonctionnaires du ministère du Travail envers nous, les représentants légitimes de travailleurs de plusieurs secteurs ce pays, est inacceptable », nous a affirmé la présidente de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), Jane Ragoo, peu avant leur marche de protestation qui allait les mener du Centre social Marie Reine de la Paix à la Victoria House.
Pas plus tard qu’au début de la semaine, poursuit notre interlocutrice, le ministère les avait « officiellement » convoqués au ministère pour discuter des problèmes des School Cleaners. « Dans la lettre de convocation il était écrit que le ministre allait en personne présider cette réunion en présence des représentants des employeurs. Or quelle n’a pas été notre surprise d’apprendre que le ministre était pris par ses autres obligations et qu’il n’y avait point de représentants des employeurs. Le pire, c’est qu’un haut gradé a donné l’ordre de ne pas nous ouvrir la salle des conférences pour attendre, nous laissant comme des paillassons dans les couloirs du ministère. Sa fer preske 30 ans nou negocie ar minister pou nou bann mam. Nous finn negocie ek plisir gouvernman siksesif, plisir minis du Travay, plisir foksyonner, zame, antan ki reprezantan travayer nou finn gagne enn akey aussi imilian. Se inakseptab ».
« Nous remarquons depuis quelque temps que le ministère use de tactiques dilatoires pour ne pas nous recevoir ou pour ne pas s’occuper des problèmes des travailleurs que nous portons à leur attention », explique pour sa part le secrétaire de la CTSP, Reeaz Chuttoo.
Pour soutenir ses dires, le secrétaire de la CTSP cite, entre autres, le cas de ces 326 School Attendants qui touchent aujourd’hui Rs 8 500 par mois, mais qui n’ont toujours pas de contrat de travail, de fiche de paie, ni de job description. « Ils ne peuvent jouir ni de leur local ni de leur sick leaves. Mais par contre on déduit de leur salaire quand ils s’absentent. Et ils ne bénéficient pas non plus de compensation salariale ».
Le syndicaliste cite également le cas de 300 autres School Attendants qui sont employés par des firmes privées et qui touchent toujours entre Rs 1 500 et Rs 2 500 par mois.
« Alors que le cas des enseignants de la Mauritius Mental Health Association est toujours en suspens, il y a celui des employés contractuels de la Central Water Authority (CWA) qui n’a jamais été entendu et discuté par le ministère du Travail », déplore pour sa part Jane Ragoo.
Reeaz Chuttoo dénonce à son tour des maldonnes dans le secteur de la construction. Il s’insurge qu’on y recrute des Mauriciens sur des contrats mensuels d’un maximum de quatre mois, tandis qu’en même temps la loi garantit des contrats d’une durée d’un minimum de deux ans à renouveler pour les travailleurs étrangers. « Nous avons porté cela à l’attention du ministère et pourtant rien n’a été fait jusqu’ici », s’offusque-t-il.
« D’autre part, nous avons la nette impression que le ministère aide les employeurs à licencier des travailleurs à travers l’institution de comités disciplinaires bidons. Comment se fait-il qu’un inspecteur du travail puisse prétendre défendre un employé alors qu’il ne le rencontre que cinq minutes avant la tenue du comité disciplinaire et qu’il n’a pas eu le temps de préparer la défense du travailleur », raconte de son côté Jane Ragoo.
« Lors d’une rencontre avec le ministre lundi dernier, il a paru ne pas être au courant de tous ces problèmes. Est-ce que certains de ses hauts fonctionnaires ont un agenda caché et torpillent les efforts du ministère pour avoir de bonnes relations industrielles ? Quoi qu’il en soit, la balle est maintenant dans la main du ministère qui doit rappeler à l’ordre ses officiers. La paix sociale est gagnée au prix du respect de ses partenaires et au prix de bonnes relations industrielles. C’est cela le dialogue social qui assure au pays la justice et la paix sociale », ajoute Reeaz Chuttoo.