MANIF DEVANT LE MINISTÈRE DU TRAVAIL : La CTSP fustige « l’indifférence » du ministre Callichurn

Dans une lettre envoyée au ministère du Travail, des Relations industrielles, de l’Emploi et de la Formation, la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) fustige « l’indifférence » de Soodesh Callichurn « au sort des travailleurs ». Les syndicalistes ont décidé de tenir une manifestation, jeudi 13 août, devant le bureau du ministre pour alerter l’opinion publique.
« Malgré toutes nos requêtes pressantes pour avoir une rencontre avec vous, il nous semble que ce n’est pas votre priorité », soutiennent Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo, respectivement présidente et secrétaire général de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), dans leur lettre au ministre du Travail, des Relations industrielles, de l’Emploi et de la Formation, Soodesh Callichurn. Les deux syndicalistes déplorent que « tous les jours, les employeurs peu scrupuleux tirent avantage des présentes lacunes aux lois du travail, l’Employment Rights Act (ERiA) et l’Employment Relations Act (EReA), pour victimiser les travailleurs du secteur privé ».
« Depuis l’arrivée au pouvoir de votre gouvernement, on nous bombarde de déclarations de bonnes intentions, mais elles ne sont suivies d’aucune action concrète. En revanche, votre gouvernement ne s’épargne aucune peine pour mieux protéger les intérêts du gros capital en introduisant de nouveaux règlements et en amendant les lois existantes », s’offusquent Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo. La présidente et le secrétaire général de la CTSP affirment avoir l’impression que « le gouvernement de l’Alliance Lepep essaie de faire comprendre le message que leurs revendications ne sont pas en ligne avec les priorités de la stratégie économique du pays ».
Pour soutenir leurs dires, les dirigeants de la fédération syndicale avancent huit points :
Le sort des employés affectés par le tourbillon des scandales de la BAI est traité par le ministère des Services financiers, de la Bonne Gouvernance et des Réformes institutionnelles, sous l’égide du ministre Roshi Bhadain, et non par le ministre du Travail, Soodesh Callichurn.
Et puis, l’envoi pour révision au National Remuneration Board (NRB) de 14 Remuneration Orders (RO) est resté jusqu’ici lettre morte alors que cette révision était attendue depuis décembre 2014. « En 2013, nous avons envoyé à Xavier-Luc Duval — alors ministre des Finances sous le gouvernement de Navin Ramgoolam — un rapport faisant état de pas moins de 100 000 travailleurs dont les salaires ne dépassaient pas Rs 5 000 par mois par manque de révision de leur RO. Nous avions également exprimé nos craintes que les Mauriciens préféreraient entrer dans les secteurs informels que les secteurs textile, Seafood Hub ou celui des services à cause de ces bas salaires. Aujourd’hui, XLD, au lieu de demander au NRB de se presser, trouve la solution facile de réclamer davantage de travailleurs étrangers pour ces secteurs. Se sont-ils passé le mot pour exploiter davantage les travailleurs étrangers et exclure les Mauriciens ? » affirme Jane Ragoo au Mauricien.
Ensuite, la CTSP a en vain jusqu’ici réclamé que le ministre du Travail convoque une réunion tripartite sur l’affaire Airmate Ltd/Air Mauritius. « Il y a eu une première réunion sous la présidence du Permanent Secretary des mois de cela et depuis aucun suivi », déplorent les syndicalistes.
La CTSP condamne également le « silence » du ministère du Travail sur les « violations quotidiennes » des droits des travailleurs du secteur de la construction. « Nous avons essayé sans succès jusqu’ici d’avoir une réunion avec vous pour organiser une réunion tripartite sur ce secteur », écrivent les syndicalistes à Soodesh Callichurn.
La fédération syndicale déplore aussi que le ministre n’ait pas jugé jusqu’ici important de discuter avec elle du sort des employés de la BAI, ainsi que son refus de discuter avec elle des amendements à apporter aux lois du travail (ERiA et l’EReA) en faveur des travailleurs.
« Durant la compagne électorale de 2014, l’Alliance Lepep avait fait de l’introduction d’un salaire minimum vital une priorité. Mais rien de concret n’a été fait jusqu’ici sur ce sujet », écrivent Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo.
Au sujet d’indignation des syndicalistes : le mauvais fonctionnement de la Commission de Conciliation et de Médiation (CCM). « Les syndicats ont la nette impression que vous n’avez aucune volonté de soutenir les travailleurs. Les employeurs disposent de tout le loisir pour victimiser et réprimer les travailleurs qui osent porter plainte aux autorités. Et tout cela avec la bénédiction de votre ministère qui ne lève pas le petit doigt », s’offusquent les deux dirigeants syndicaux.
« Devant cette indifférence du ministre Callichurn envers le sort des travailleurs du pays qui l’ont choisi pour les représenter à l’Assemblée nationale et qui ignore leurs justes revendications, nous n’avons pas d’alternative que de manifester devant son bureau pour alerter l’opinion publique sur son refus d’assumer ses responsabilités envers nous », indique Jane Ragoo.
La manifestation aura lieu le 13 août prochain.