CENTRAL WATER AUTHORITY : La CTSP crée une plateforme pour lutter contre la privatisation

La Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) convie les syndicats et les confédérations syndicales, les associations de consommateurs, les organisations et les individus dits « progressistes », en son siège social à Rose-Hill (entre le Stade sir Gaëtan Duval et le marché), samedi 18 juin à 10h, pour constituer une plateforme afin de lutter contre les projets de privatisation du gouvernement. Cette instance syndicale a mis en exergue, lors d’une rencontre jeudi avec la presse au siège social de la CTSP, que « la privatisation n’est jamais dans l’intérêt des travailleurs et des citoyens ».
Le secrétaire de la CTSP, Reeaz Chuttoo, explique que les délégués de sa confédération syndicale se sont unanimement prononcés contre toute forme de privatisation (voir encadré) à Maurice. « Le ministre des Services publics, Ivan Collendavelloo, a d’abord parlé d’un projet de privatisation de la Central Water Authority (CWA). Mais devant la levée de boucliers que cette annonce a causée dans le pays, il a changé de vocabulaire et a commencé à parler de 'partenaire stratégique'. Nous en avons discuté au sein de la CTSP et nous avons conclu que la privatisation ne peut être une bonne chose pour les consommateurs, pour les citoyens et pour le pays », a déclaré Reeaz Chuttoo aux côtés des délégués de la centrale syndicale et de la présidente, Jane Ragoo.
Le secrétaire de la CTSP a affirmé que la privatisation d’un service ou d’une compagnie de l’État est un recul de l’État-providence. « Quand nous transférons les opérations ou la gestion d’une institution ou d’un service de l’État au secteur privé (qui opère pour faire des profits avant tout), nous pouvons difficilement prétendre que les contribuables seront gagnants. Car ce profit ira dans les poches du secteur privé et non dans les caisses de l’État, d’où le gouvernement peut financer des projets dans l’intérêt des citoyens », a-t-il élaboré. Et de s'indigner : « D’ailleurs, quand le gouvernement, par le biais du ministre Collendavelloo, évoque la privatisation du secteur d’où proviennent nos ressources en eau, il parle de l’eau comme d’une commodité que l’on peut acheter et vendre pour engendrer un profit. Or, l’eau est un don naturel du ciel et il est honteux, voire même immoral, de vouloir ne serait-ce qu’envisager de faire du profit pour des intérêts privés à partir de cette ressource. Cela au détriment de l’intérêt de nos concitoyens/contribuables dans leur ensemble. »

« Les profits iront à l’étranger »

Reeaz Chuttoo rejette même l’idée d’un partenaire stratégique pour la CWA. « Un partenariat stratégique, c’est quand une entreprise décide de travailler ensemble avec une autre firme (généralement soi-disant plus performante) pour atteindre un ou des objectifs stratégiques, tout en continuant à être actionnaire majoritaire. Parmi ces objectifs stratégiques, citons, entre autres, l’augmentation de la rentabilité et du chiffre d’affaires, l’amélioration de la qualité des produits et des services, ainsi qu’une meilleure relation entreprise-client, ou encore une extension des activités à l’étranger », a expliqué le secrétaire de la CTSP.
Pour soutenir ses dires dans le contexte mauricien, Reeaz Chuttoo s’est basé sur le partenariat stratégique que le gouvernement a signé avec Orange à travers Mauritius Telecom. « Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, Mauritius Telecom cumule des milliards de profits, dont une très large portion quitte Maurice pour la France. En outre, Mauritius Telecom a diminué son personnel à travers des campagnes d’incitation à la retraite prématurée. En revanche, cette compagnie a créé des compagnies subsidiaires qui offrent des emplois précaires, c’est-à-dire, des contrats à durée déterminée qui ne permettent pas à ces employés d’envisager un avenir serein. Sans compter que Mauritius Telecom attend toujours la réalisation de la promesse d’extension à l’international. » Le secrétaire de la CTSP questionne dès lors : « Qu’est-ce que les Mauriciens ont jusqu’ici concrètement obtenu dans ce partenariat stratégique ? »
Pour toutes ces raisons, devait-il ajouter, la CTSP a décidé d’instituer une plateforme pour lutter contre tout projet de privatisation ou de partenariat stratégique qui ne serait pas dans l’intérêt du pays et de ses citoyens. « D’ailleurs, nous pouvons légitimement nous demander : est-ce que le gouvernement de l’Alliance Lepep a réclamé et obtenu un mandat pour privatiser notre eau ou notre unique port ? », a-t-il lancé.


Du secteur public au secteur privé
La privatisation est l’opération consistant à transférer par la vente d’actifs, une activité, un établissement ou une entreprise du secteur public au secteur privé. La privatisation est dite partielle si seulement une partie du capital est vendue. L’opération inverse de la privatisation est la nationalisation. Les objectifs, souvent idéologiques, de la privatisation peuvent être multiples :
• Réduire l’interventionnisme de l’État dans l’économie.
• Ouvrir à la concurrence un domaine d’activité jusqu’alors en situation de monopole.
• Donner plus de souplesse aux entreprises (nomination des dirigeants, prises de décision).
• Apporter des recettes supplémentaires à l’État (mais ces recettes n’ont lieu qu’une seule fois).
Les adversaires à la privatisation considèrent que certains secteurs d’activité n’ont pas vocation à appartenir au secteur privé, mais doivent rester dans le giron de l’État ou de la collectivité :
• Les secteurs stratégiques comme l’eau, l’électricité.
• Ceux où les infrastructures représentent un investissement tel que celui-ci ne peut être réalisé que par l’ensemble de la collectivité : réseau ferré, réseau d’accès de télécommunication, autoroute, distribution postale. À noter que les excès du libéralisme en matière de privatisation ont montré leurs limites dans ces domaines que sont l’électricité en Californie et le réseau ferré en Angleterre.
• Les secteurs de monopole de fait, tels les aéroports.
• Les secteurs d’intérêt général.