ATELIER AU MANISA HOTEL : « Pas de minimum vital sans un travail décent » selon Kenny Mogane

Le Manisa Hotel, Flic-en-Flac, accueille depuis ce matin un atelier national de deux jours sur le minimum vital (living wage). Une initiative de l’IndustriAll Global Union en partenariat avec la Chemical Manufacturing and Connected Trade Employees Union (CMCTEU), syndicat affilié à la Confédération des travailleurs du secteur privé.

« On ne peut avoir un minimum vital (« living wage ») sans un travail décent ! ». C'est ce qu'a déclaré ce matin en substance Kenny Mogane. Le représentant de l'IndustriAll Sub-Saharan Regional Office (voir encadré) intervenait à l'ouverture d'un atelier national de deux jours sur le minimum vital. Ce concept correspond à la quantité minimale de ressources économiques dont doit disposer un individu pour pouvoir subvenir à ses besoins primaires (nourriture, logement, éducation, santé, etc...). Le salaire minimal (ou salaire minimum) est en revanche la rémunération minimale qu'un employeur doit, selon la loi, donner à un employé pour un travail, sans nécessairement prendre en considération les ressources financières dont a besoin cette personne pour satisfaire ses besoins primaires.
« La bataille pour un minimum vital à Maurice ne se gagnera pas seul. Les syndicats et les fédérations syndicales doivent faire preuve d'unité et de solidarité pour faire pression sur les autorités gouvernementales et patronales pour atteindre cet objectif », a précisé le représentant de l'IndustriAll.
Kenny Mogane a rappelé que depuis décembre 2012, la question d'un salaire minimum est revenue dans les débats publics. « Mais l'institution d'un salaire minimal est un premier pas vers le minimum vital et un travail décent (voir encadré), tel que le comprend IndustriAll dans sa campagne internationale sur le sujet », a-t-il ajouté.
Le représentant d'IndustriAll a insisté sur le fait que le succès n'est garanti que s'il y a unité et solidarité entre les travailleurs. « Tout dépendra de ce que vous voulez », a-t-il prévenu. Kenny Mogane a ensuite rappelé les objectifs de cet atelier : consolider les actions des affiliés à IndustriAll pour atteindre un minimum vital, permettre aux syndicats à mieux comprendre l'utilisation des « wage-fixing mechanisms », voir comment la campagne internationale d'IndustriAll pour un minimum vital peut être utilisée pour améliorer les salaires à Maurice et élaborer un plan d'action pour l'institution d'un minimum vital à Maurice.
Marcus Schneider, responsable du bureau de la Fondation Friedrich Ebert à Madagascar, a pour sa part rappelé les débats en cours à Maurice sur un salaire national minimum. « Mais avoir un salaire minimum n'est pas une fin en soi. C'est un outil qu'on peut utiliser pour convaincre les travailleurs de l'importance d'un minimum vital. Nous voulons un travail décent, pas un travail avec un salaire minimum », a-t-il insisté.
L'intervenant a néanmoins plaidé pour un salaire minimum national, « de sorte que personne ne soit oublié », a-t-il expliqué. Selon lui, le salaire minimum est aussi un puissant outil dans les négociations pour obtenir des salaires plus hauts. « Cela prend du temps. En Allemagne, on a eu le minimum vital dix ans après l'institution d'un salaire minimum », a-t-il raconté.
Cet atelier de deux jours bénéficie de l'expertise de Jenny Holdcroft, Industrial Policy Director, et de A. Goinden, Senior Labour Officer au ministère du Travail.

Patrick Yvon

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Kenny Mogane (au micro, à droite) plaidant pour un minimum vital à Maurice

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N°1
Défier les multinationales
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N°2
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Le travail décent, tel que défini par l’Organisation internationale du travail (OIT) et approuvé par la communauté internationale, est la possibilité pour chaque femme et chaque homme d’accéder à un travail productif dans des conditions de liberté, d’équité, de sécurité et de dignité. Il regroupe divers éléments : la possibilité d’exercer un travail productif et convenablement rémunéré; la sécurité au travail et la protection sociale pour les travailleurs et leur famille; l’amélioration des perspectives de développement personnel et d’intégration sociale; la liberté pour les êtres humains d’exprimer leurs préoccupations, de s’organiser (en syndicat ou en association) et de participer à la prise de décisions qui influent sur leur vie; l’égalité de chances et de traitement pour l’ensemble des femmes et des hommes.