Amendement au lois du travail : La CTSP réclame la dissolution du High Powered Ministerial Committee

Dans une déclaration au Mauricien, le secrétaire général de la Confédération des travailleurs des secteurs privé et public (CTSP), Reeaz Chuttoo, réclame la dissolution du High Powered Ministerial Committee institué « dans le plus grand secret », souligne-t-il, pour discuter et proposer des amendements à l'Employment Rights Act et l'Employment Relations Act. Rappelant qu'un tel comité avait été mis sur pied en 2008 par Rama Sithanen, ancien ministre des Finances, et Michaël Ali Mansoor, alors Financial Secretary, le syndicaliste estime qu'il s'agit d'une stratégie pour « dépouiller davantage les travailleurs de leurs droits, qui s'amenuisent de gouvernement à gouvernement ».
« D'abord, il faut savoir que ce High Powered Ministerial Committee (HPMC) pour revoir l'ERiA et l'EReA a été institué dans le plus grand secret, à l'insu des organisations syndicales. Pourquoi ? C'est durant les dernières tripartites sur la compensation salariale qu'on nous a fait comprendre qu'il y a un tel comité », explique d'emblée Reeaz Chuttoo. « Nous réclamons la dissolution de ce comité ministériel de haute instance, d'abord parce que, depuis que le ministère a parlé d'amendements à ces deux lois du travail, les centrales et autres organisations syndicales, CTSP comprise, ont déjà soumis leurs propositions d'amendements. Il n'y a donc aucune raison de comparaître devant ce comité. Ensuite, nous estimons que ce n'est qu'une stratégie pour dépouiller davantage les travailleurs de leurs droits, qui s'amenuisent de gouvernement à gouvernement », a-t-il poursuivi.
En effet, Reeaz Chuttoo rappelle qu'en 2008, cette même stratégie avait été utilisée par Rama Sithanen, ancien ministre des Finances, sur le conseil de Michaël Ali Mansoor,  le Financial Secretary d'alors. « C'est à travers une telle structure que les travailleurs de Maurice ont perdu tous leurs droits acquis ainsi que la protection de la loi. Neuf ministres au total s'étaient alors réunis pour s'accorder sur de nouvelles réformes ultralibérales en faveur de la communauté des affaires plutôt que d'avoir des lois du travail qui protègent les travailleurs. C'est ainsi que nous avons eu l'ERiA et l'EReA », explique le syndicaliste.
Ainsi, poursuit le secrétaire général de la CTSP, des amendements ont été promulgués pour pouvoir licencier un travailleur sans aucune justification, « sinon pour des raisons économiques », l'employeur n'ayant à payer aucune indemnité de licenciement. « C'est d'autant plus révoltant que l'employeur est même récompensé quand il viole les droits des travailleurs, car à présent, toutes les réclamations de salaires ou de compensations sont sans intérêt. Par conséquent, quand un jugement est délivré après un minimum de 5 ans, l'employeur aura bénéficié de tous ces intérêts qu'il aurait autrement dû payer sur les dommages payés », s'indigne-t-il.
Parallèlement, ajoute le syndicaliste, malgré le fait que Maurice ait ratifié la Convention 87 de l'Organisation internationale du travail sur la liberté d'association, les syndicats n'ont toujours pas d'accès sur les sites de travail. « Seuls les syndicats ayant bénéficié d'un ordre de l’Employment Relations Tribunal y ont accès, et encore, après les heures de travail en général », déplore-t-il.
Reeaz Chuttoo soutient que depuis l'entrée en vigueur de l'ERiA et de l'EReA, le 2 février 2009, l'emploi dans les secteurs public et privé devient de plus en plus précaire, ajoutant qu'il n'y a aucune protection sociale pour ceux ayant atteint l'âge de la retraite. « D'où l'urgence d'instituer la Portable Severance Allowance », avance-t-il.
Autre « conséquence néfaste » de ces deux lois du travail, selon le syndicaliste : les contrats de travail sont de plus en plus à durée non déterminée. « C'est ainsi que, bien souvent, un travailleur mauricien bénéficie d'un contrat de travail mensuel tandis que son collègue étranger, lui, peut jouir d'un contrat d'une durée de deux ans, comme dans le secteur de la construction », précise-t-il.
Enfin, poursuit Reeaz Chuttoo, tandis que la loi garantit un salaire égal pour un travail égal, le ministère du Travail estime que « ce n'est qu'un concept, et rien d'autre ». Et de déplorer : « Ainsi, un travailleur étranger qui fait le même travail qu'un Mauricien bénéficie d'une rémunération en espèces sous forme d'alimentation et de logement, alors que le Mauricien, lui, en est privé. » La CTSP craint qu'avec le HPMC, « ce scénario funeste pour les travailleurs » se répète. « Est-ce que nous croirons que 11 ministres, dont la plupart n'ont jamais eu affaire avec les syndicats, vont se réunir dans l'intérêt des travailleurs. En revanche, ils ont tous eu affaire individuellement avec les pontes du secteur privé, qui ne ratent aucune occasion pour faire leur lobbying auprès des membres du gouvernement. Quelle est l'utilité pour les travailleurs d'un tel comité quand tous les syndicats ont déjà soumis leurs propositions d'amendements aux lois du travail, sinon pour faire le jeu du secteur privé ! Voilà pourquoi nous réclamons la dissolution de ce comité », conclut-il.

Credit /Article : Lemauricien