AIRMATE LTD : La CTSP « dénonce l’État mauricien » à l’OIT

Dans une lettre à Doumia Cleopatra Henry, la directrice de l’ILO Committee of Experts on Freedom of Association de l’Organisation internationale du Travail (OIT), la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) « dénonce l’État mauricien pour la discrimination dont se disent victimes les employés d’Airmate Ltd » et pour la promotion d’emplois précaires. « La CTSP défend l’intérêt des 800 employés d’Airmate Ltd, qui sont pour la plupart jeunes et font actuellement face à un cas clair et net de discrimination. Cette discrimination est effectuée par l’État mauricien et, ce faisant, il donne un très mauvais exemple aux entreprises privées à Maurice, ouvrant ainsi la porte à la création de davantage d’emplois précaires à Maurice », écrivent Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo.
Faisant l’historique de ce problème, les deux syndicalistes expliquent que le board d’Air Mauritius (appartenant majoritairement à l’État mauricien) a décidé, en 2008, de transformer Airmate Ltd, créée initialement en 2006 comme un centre d’appels, en un “job contractor”. Ils précisent qu’Airmate Ltd est une filiale appartenant à 100 % à Air Mauritius Ltd. « Air Mauritius a alors commencé à recruter tous ses employés à travers Airmate Ltd afin de miner toutes les conditions d’emploi existantes qui avaient été négociées à travers la signature de négociations collectives entre les syndicats et Air Mauritius », accuse la CTSP. Ils précisent toutefois qu’Air Mauritius continuait à recruter des managers, leur offrant des salaires et autres “fringe benefits” alléchants. « Aujourd’hui, il n’y a pas moins de 263 managers à Air Mauritius, qui constitue un record national avec un ratio d’un manager pour 12 employés », s’indignent les syndicalistes.
La CTSP informe l’IOT que les salaires et autres conditions des employés d’Airmate Ltd sont régis par les dispositions minimales de l’Employment Rights Act (ERA) tandis que ceux de leurs collègues d’Air Mauritius sont trois fois supérieurs grâce à des négociations aboutissant à la signature d’un accord collectif entre les syndicats et Air Mauritius Ltd. « Les salaires et conditions de travail des employés d’Airmate Ltd sont donc trois fois moins que ceux des employés d’Air Mauritius, alors que les premiers ont des tâches de même valeur (“jobs of equal value”) et portent le même uniforme que leurs collègues d’Air Mauritius. En outre, ce sont les cadres administratifs d’Air Mauritius qui s’occupent de l’organisation du travail des employés d’Airmate Ltd », s’offusquent les deux signataires de cette lettre. La CTSP ajoute que le Chief Executive Officer (CEO) d’Air Mauritius, André Viljoen, aurait lui-même publiquement concédé qu’Airmate avait été transformée en un “job contractor” pour réduire drastiquement le salaire de manière déguisée en contournant les accords collectifs déjà signés. « L’ancien board d’Air Mauritius, sous l’ancien gouvernement travailliste, a ainsi montré la voie aux entreprises du secteur privé pour contourner et miner les négociations collectives, et par conséquent surexploiter les employés », ajoutent Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo.
Les syndicalistes rappellent que la République de Maurice a cependant ratifié la Convention 98 de l’OIT sur le droit d’organisation et de négociation collective. « La stratégie de l’ancien board d’Air Mauritius va à l’opposé de la consolidation des négociations collectives et de la promotion du dialogue social », font-ils observer. La CTSP précise que les employés d’Airmate souffrent mentalement de cette situation de discrimination, se sentant humiliés d’être des employés de seconde catégorie. « On leur doit respect et excuses », persistent les signataires. La CTSP n’épargne également pas la nouvelle direction d’Air Mauritius, l’accusant de poursuivre cette politique de ségrégation en procédant à des licenciements discriminatoires des employés d’Airmate Ltd.
« Nous vous demandons d’exhorter le gouvernement mauricien à respecter ses engagements sous la Convention 98 de l’OIT et à mettre les 800 employés d’Airmate sous l’“establishment” d’Air Mauritius afin qu’ils puissent bénéficier des mêmes salaires et conditions d’emploi de leurs collègues, comme prescrit par la Section 20 de l’ERA qui proscrit toute discrimination entre employés qui font un travail de valeur égale », lancent Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo à Doumia Cleopatra Henry. « Nous comprenons qu’Air Mauritius ne peut absorber d’un coup les 800 employés d’Airmate Ltd, mais la direction de la compagnie d’aviation nationale peut venir avec un plan où les parties concernées peuvent tomber d’accord sur un plan de transition », nuancent toutefois les deux syndicalistes.